Comment l’Allemagne est devenue le maillon faible de l’Europe

Mercredi une double fusillade a fait neuf morts à Hanau en Allemagne, près de Francfort. D’après des sources proches de l’enquête, le responsable de la tuerie aurait agi sur des motifs racistes.

Il ne s’agit pas de la première attaque de ce type en Allemagne, en quoi sont -elles révélatrices d’une certaine fragilité du système politique allemand ? Ces attaques mettent davantage la fragilité du système politique lorsqu’elles ont lieu en Allemagne ?

Edouard Husson : Il faut se rendre à l’évidence. La question du « Sonderweg », de la voie particulière qu’emprunte l’histoire allemande, se pose à nouveau. En 2015-16, l’Allemagne a fait entrer d’un seul coup 1,5 millions de réfugiés. C’était d’une irrationalité politique totale.Aujourd’hui le balancier est parti dans l’autre sens: Nous en sommes au troisième attentat:  contre un élu favorable à l’immigration, à Kassel, contre une synagogue, à Halle, et hier à Hanau. Il faut s’abstraire de la logorrhée antifasciste pour se rendre compte que l’Allemagne est, actuellement en Europe, le seul pays touché par une violence néonazie d’ampleur. D’une manière générale, la violence monte en Allemagne: il faut mentionner la radicalité d’extrême-gauche sans équivalent, non plus, ailleurs en Europe: des militants ont ainsi fait une carte avec les adresses d’un certain nombre de militants de droite ou d’extrême droite, véritable appel à la violence; des élus de l’AfD ont été molestés. Et puis il y a la violence commise par les migrants, celle dont on ne veut pas parler: la guerre des gangs albanophones, turcophones et arabophones à Berlin; les rixes dans les foyers d’accueil; le fait qu’un tiers des viols commis en Allemagne en 2017 ont été le fait de migrants. Les meurtres commis par de nouveaux arrivants se comptent par dizaines  Face à cette triple violence: violence néonazie, violence d’extrême gauche, violence des migrants,  la classe politique allemande semble désemparée, impuissante. Le SPD et la CDU au pouvoir sont désormais minoritaires dans l’opinion. Les Verts, Die Linke et les Libéraux se font une vertu de continuer à  ne pas critiquer le gouvernement sur les décisions de 2015, ce qui les empêche de canaliser le mécontentement contre Merkel. C’est donc l’AfD qui est devenue le parti d’opposition sur le sujet.

En quoi doit-on différencier l’Afd des autres formations d’extrême-droite européennes ? Faut-il effectuer la même distinction entre le populisme allemand et ses pendants européens ?

Tout d’abord, il faut laisser de côté le terme d’extrême-droite, qui n’éclaire pas le débat. L’extrême-gauche est facile à identifier.  Mais de quoi parle-t-on quand on dit extrême-droite? L’AfD est un parti conservateur anti-euro, russophile, très critique de l’ensemble des politiques menées par Merkel, en.particulier de sa politique d’immigration incontrôlée. C’est aussi un parti qui défend les droits des homosexuels. C’est le seul parti allemand pour lequel votent toutes les classes sociales. Le problème que pose l’AfD, c’est qu’il a accueilli dans ses rangs des individus qui tiennent un discours indulgent vis-à-vis du comportement de la société allemande sous le nazisme et qui refuse le travail de mémoire. Björn Höcke, responsable de l’AfD en Thuringe provoque par une coupe de cheveux à la Hitler, il a désigné le monument de la Shoah comme un « mémorial de la honte » et il a des relations avérées avec des réseaux néo-nazis. Il est donc très facile pour les autres partis de tomber dans une bonne conscience antifasciste en dénonçant les provocations et les liaisons scandaleuses de l’AfD et en faisant un amalgame, sans vergogne, entre le déséquilibre psychique du meurtrier de Hanau et l’AfD. Cela permet de ne pas traiter les problèmes objectifs créés par l’immigration massive des années 2010, à commencer par l’importation d’un antisémitisme islamiste.

Face aux « ‘démons allemands » doit-on s »inquiéter pour l’avenir de l’UE et pour la paix civile sur le continent européen ?

L’Allemagne est au début d’une crise majeure. La violence monte, de tous les côtés. Le système politique connaît une paralysie croissante. Le pays s’enfonce dans une espèce de scénario cauchemardesque où toutes ses forces vont être absorbées, le combat contre les ambiguïtés de l’AfD légitimant un fatalisme vis-à-vis du radicalisme islamique. Berlin va être de moins en moins à même d’assurer un leadership européen. Face à cela, il faut à tout prix éviter de s’en mêler. Je lisais hier un tweet de Bellamy disant aux Allemands « Nous sommes avec vous ». Je conseille plutôt de se souvenir des avertissements de Heinrich Heine, le plus grand poète allemand,  à ses amis français vers 1840: il leur disait en substance, une violence inédite monte en Allemagne, amis français ne vous en mêlez en aucun cas. Les Allemands ont expliqué à toute l’Europe qu’il fallait limiter la souveraineté et le sentiment national parce qu’eux avaient beaucoup fauté dans ce domaine. Comme des gogos, et par peur de l’Allemagne, il faut bien le dire, les Français et d’autres ont marché dans l’imposture d-un système où l’Allemagne a fait sa réunification, imposé ses conceptions monétaires et voulu imposer sa politique d’immigration à tous. Le résultat c’est l’Europe désorganisée, appauvrie, impuissante de 2020. Qu’on ne nous explique donc pas qu’il faut une solidarité dans la lutte antifasciste derrière Angela Merkel. Redevenons nous-mêmes.  Et laissons les Allemands régler leurs problèmes.  Car il faut le dire: l’Allemagne continue à représenter un cas à part en Europe, par son incapacité à trouver un point d’équilibre politique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *