Diary Sow, une inquiétude sénégalaise

Comment peut-on disparaître dans un pays comme la France quand on a vingt ans et qu’on est une étudiante brillante et promise à un bel avenir ? Que se passe-t-il pour que, depuis le 4 janvier, on n’ait aucune nouvelle de Diary Sow, étudiante sénégalaise au lycée Louis-le-Grand à Paris ? Y a-t-il encore des chances pour qu’on la retrouve saine et sauve ? Ce sont là autant de questions qui taraudent sa famille, les autorités gouvernementales mais aussi toutes les personnes qui la connaissent personnellement ou de réputation au regard de sa qualité de « meilleure élève du Sénégal » en 2018 et 2019.

Décrite comme très studieuse, la jeune fille originaire de Malicounda, dans la région de Mbour, à 80 km au sud de Dakar, a effectué un brillant parcours à l’établissement Keur Madior de Mbour avant de rejoindre le lycée scientifique d’excellence de Diourbel qui l’a propulsée au vu de ses résultats en classe préparatoire à Louis-le-Grand à Paris.

Brillante étudiante, Diary Sow a publié un roman, « Sous le visage d’un ange ». La voici le présentant au président Macky Sall au Palais de la République en août 2020. © – / SENEGALESE PRESIDENCY / AFP

Au-delà, elle est comme devenue une fille pour tous les Sénégalais, à commencer par le président Macky Sall ainsi que son actuel ministre de l’Eau et de l’Assainissement, Serigne Mbaye Thiam, qui n’est autre que le parrain de Diary Sow.

Inquiétude palpable au sein de son ancienne association

« C’est une triste nouvelle. C’est la première fois que nous sommes confrontés à ce genre de situation. Nous sommes sous le choc et un peu perdus », confie Mohamed Massal Gueye, fondateur et coordinateur de « Les élites sénégalaises », une association qui vise à promouvoir l’excellence, le leadership et l’entrepreneuriat au Sénégal. Diary Sow en était la vice-présidente depuis quelques années. Très impliquée, l’étudiante en deuxième année préparatoire au prestigieux lycée Louis-le-Grand à Paris grâce à l’obtention d’une bourse d’excellence a continué d’en être une membre active, même à distance.

Actuel ministre de l’Eau et de l’Assainissement, ex-ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche puis de l’Éducation nationale,  © SEYLLOU / AFP

Elle avait ainsi dernièrement participé au projet de plateforme éducative mise en place pour aider les élèves en classe d’examen lors la première vague de Covid.

Une inquiétude à la hauteur de sa forte notoriété

La « petite sœur », comme elle est parfois affectueusement surnommée, est une personnalité bien connue dans le pays pour avoir remporté deux années de suite la distinction de « meilleure élève du Sénégal » en 2018 et 2019, après avoir gagné en 2017 le titre de Miss Science. « Il est rare d’avoir une fille qui décroche le titre de « meilleure élève » puisque les conditions d’accès à l’éducation des filles restent encore compliquées au Sénégal. Alors l’obtenir deux années de suite, c’est tout à fait exceptionnel ! », explique Saourou Sène, secrétaire général du Syndicat autonome des enseignants du moyen secondaire au Sénégal (SAEMSS). Après ces récompenses, Diary Sow avait vu sa popularité grandir et son aura médiatique largement renforcée.

Forte mobilisation sur les réseaux sociaux

Profondément bouleversés et surpris par la nouvelle, les membres des « Élites sénégalaises » ont organisé une journée de prière ce mardi 12 janvier sur le campus de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. « Pour cette personne hors du commun, très attachée au Sénégal », précise Mohamed Massal Gueye qui l’a connu par l’intermédiaire d’un ami commun. Pour continuer à interpeller, mais aussi pour soutenir la famille, de nouvelles actions sont prévues dans les jours à venir. Un moyen pour les jeunes Sénégalais de montrer que même s’il faut attendre les résultats de l’enquête, « la jeunesse est unie et se mobilise ».

À l’origine de la page « Save Dakar », une initiative citoyenne pour le civisme, l’environnement et la citoyenneté, Mandione Laye Kébé a partagé dès les premiers jours l’avis de disparition de la jeune fille.

« Ce qui arrive émeut tout le monde. Être dans cette attente, c’est vraiment une douleur. J’ai une pensée pour sa famille donc il était normal et important pour moi d’alerter », rapporte le natif de la banlieue de Dakar. Si au départ l’intérêt a été faible, rapidement le #RetrouvonsDiary a envahi les plateformes Twitter et les pages Facebook… Des personnalités publiques comme Alain Mabanckou, Rokhaya Diallo et Demba Ba ont relayé le message comme de très nombreux internautes, aussi bien au Sénégal qu’en France, ce qui a amplifié le message. « Les Sénégalais sont solidaires : la diaspora en France et ceux qui sont restés au pays sont très liés. Il n’y a pas de calculs pour une fois, tout le peuple sénégalais est uni », se félicite Mandione Laye Kébé avant d’insister sur la forte implication des étudiants sénégalais en France, à l’origine du collectif Diary Sow qui a organisé une distribution de flyers et qui se prépare à organiser d’autres actions.

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Émotion dans les milieux scolaires

« Elle est très humble et ramène tout à la chance, comme si elle n’était pour rien dans son succès. C’est une fille très intelligente, travailleuse et qui a la tête sur les épaules », détaille Saourou Sène, qui l’avait rencontrée en 2020 à l’occasion de la sortie de son premierroman, Sous le visage d’un ange, paru aux éditions L’Harmattan. Et le secrétaire général du Syndicat autonome des enseignants du moyen secondaire au Sénégal (SAEMSS) d’interpeller le gouvernement sénégalais afin que celui-ci communique officiellement sur l’affaire et informe la population sur le suivi de l’enquête.

« Je l’ai vue à la télévision. C’est un exemple à suivre pour moi, elle me motive », indique Mariétou Fall à la sortie du lycée de Ouakam où elle est élève en classe de 4e. Même appréciation du côté de son amie Maman Kanté, âgée de 15 ans. « Diary Sow est citée en exemple par nos parents. Ils nous encouragent à être aussi travailleuses et à en faire autant qu’elle si ce n’est la dépasser », dit-elle en souriant. Et d’expliquer que depuis la disparition de Diary Sow, leurs parents sont angoissés, faisant même poindre la crainte d’envoyer un jour leurs filles étudier à l’étranger. N’empêche, les deux adolescentes, inspirées par le parcours de Diary Sow, espèrent plus tard pouvoir poursuivre leur formation, l’une en hydraulique, l’autre en médecine, pourquoi pas à l’étranger, et revenir au pays.

« Avec sa situation familiale modeste, Diary Sow a démontré qu’avec de la volonté et du travail, on peut réussir. On était plutôt habitué aux réussites d’enfants de familles aisées et diplômées », analyse Rosalie Diop. Pour cette enseignante-chercheuse en Sociologie, Diary Sow « a permis à sa famille, mais aussi à d’autres, de nourrir beaucoup d’espoir ». Également mère de famille de six enfants, elle confie prier tous les soirs en pensant à la jeune étudiante : « Je ne la connaissais pas mais c’est comme si c’était ma fille et pour beaucoup de Sénégalaises c’est la même chose. Ça peut arriver à tout le monde. La menace existe partout et cette disparition l’a rendue plus réelle. »

Ce sont là autant d’illustrations de la tension dans laquelle se trouvent aujourd’hui nombre de Sénégalais. À l’affût de toutes les informations se rapportant à cette disparition de Diary Sow, ils continuent de commenter les articles traitant du sujet espérant que ce cauchemar autour de celle que Saourou Sène qualifie d’« héroïne nationale » va connaître une fin heureuse.

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